La gauche perd le Nord

L’une des conséquences des plus remarquables du triomphe d’Emmanuel Macron et de ses marcheurs a été la défaite de tous les députés PS du Nord. Par ailleurs, dans les deux départements à l’extrémité septentrionale de la France la gauche non-Insoumise n’a gardé que deux sièges dans les faubourgs de Lille.

L’extrême nord du pays, avec en son cœur l’ancien bassin minier, fut, pendant des décennies, le bastion socialo-communiste en France.

Il n’y a pas très longtemps, de reste, la gauche occupa tous les sièges de député attribués au département du Pas de Calais.

Cette domination sans partage avait déjà fait long feu, c’est vrai, depuis les années 90. En effet, l’emprise du Parti socialiste (PS) et du Parti communiste Français (PCF) sur cette région à la sociologie très populaire s’étiolait à chaque échéance électorale – locale, régionale ou nationale.

La fin de la mine

La crise de l’activité houillère, dès les années 60, marque le début d’un déclin industriel du Nord-Pas de Calais sans que nul, jusqu’à présent, ne sache l’enrayer ou encore moins faire machine arrière.

Jean Marcel Jeanneney, ancien ministre de l’Énergie dont le Plan éponyme paru en 1960 marqua une rupture du modèle énergétique en France, car fondé sur une réduction de la production pour cause de coût trop élevé, fut le premier membre d’un gouvernement de l’après-libération qui prôna la fermeture programmée des mines dans le bassin du Nord.

Pour contrecarrer les effets sociaux nuisibles que la disparition de la première source d’emploi dans ces contrées nordistes, le gouvernement, en concertation avec les centrales syndicales, a mis en marche un premier programme de reconversion professionnel des anciens mineurs.

Les autres filières industrielles de la région, qui ont su absorber cette force de travaille venue du fond de la mine pendant les 20 années qu’en suivirent le plan Jeanneney, dès les années 1990, ont connues des crises liées à la baisse de compétitivité de la manufacture française face à de nouveaux concurrents internationaux.

Cela résulta en fermetures d’usines et en nombres des plans sociaux qui ont drastiquement réduit les postes dans ce secteur de l’économie. Le fort taux de chômage local pendant les 10 dernières années en atteste des conséquences durables de ce processus lent de disparition de l’activité industrielle.

Le drame qui vivent les ouvriers de l’usine d’électroménagers amiénoise Whirlpool, rendu célèbre par le duel de harangues électorales entre les deux finalistes aux présidentielles 2017, en est une preuve, s’il en faut encore, qui démontre que la désindustrialisation dans les Hauts-de-France n’a pas connu ses jours ultimes.

Un bouleversement sociologique aux conséquences électorales

La destruction d’emplois de la mine et d’autres postes manufacturiers du Nord-Pas de Calais sont à la base des transformations sociales des ces trois deniers décennies. Ces changements, ont éloigné les couches populaires des urnes ou du vote de gauche et les ont rapprochées de la droite centriste ou, plus dangereusement encore, du vote extrême.

Néanmoins, dans la désindustrialisation, il n’est pas là la seule explication au désarroi électorale qui traverse cette lande boréale. Si la dominance des gauches traditionnelles n’était plus la même que celle des fastes “30 glorieuses”, en 2012 elles sont sorties, largement, victorieuse des urnes nordistes lors du deuxième tour des législatives.

Le PS était toujours dominant dans le Nord et demeurait très bien ancré dans le Pas de Calais. Cependant, la ville de Calais déjà en 2008 laissait entrevoir un autre mal que rongeait les consciences ouvrières du pays minier. Après 37 années de communisme local, Natasha Bouchard de l’UMP bat le maire PCF Jacky Hénin d’une courte tête. Ce fut la chute d’une des baronnies “rouges” les plus anciennes de France.

Il semble vraisemblable, étude Fondapol paru en mars 2017 à l’appui, que la corrélation entre “crises” migratoires et perte d’influence des sortants socialo-communistes soit, pour le moins relative, quoi que suffisante, pour faire bascule une ville vers d’autres forces politiques plus “fermes” sur le dossier de l’immigration.

En effet, comme démontre l’investigation conduite par Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach, à chaque crise – et avant toutes les autres il faut parler de la détérioration des conditions d’accueil du centre de Sangatte pendant les années qui menèrent à sa fermeture en 2009 – l’attachement des anciens électeurs communistes au vieux parti marxiste et révolutionnaire a diminue d’intensité et redonné des couleurs à des formations politiques aux forces jusqu’alors dérisoires.

Mais le vrai coup de massue fut, néanmoins, l’aggravation de la crise déclenchée par les “Printemps Arabes” et notamment la révolte des syriens, entamée en 2011 et dont les conséquences sur sa population civile sont tragiques. En effet, éreintée et martyrisée par les années de guerres civiles que l’insurrection a générées, ce peuple se jette sur la Méditerranée en quête d’un havre de paix loin de leurs côtes endeuillées.

Entre mars et octobre de 2015, par exemple, Calais a connu un bond en nombre de réfugiés et autres migrants sans précédent: en huit mois, ils sont passés de 2000 à 6000 selon les chiffres préfectoraux. Dans la même période, lors des élections régionales, certains quartiers, naguère dominés par le Parti Communiste, ont violemment basculé dans le voté pou le Front National.

Le quartier du Fort-Nieulay vota à 70% pour la liste conduite par la présidente du parti extrémiste Marine Le Pen.

Lorsqu’on voit que les électeurs FN sont souvent poussés à voter pour cette formation congénitalement xénophobe par des raisons liées à la thématique de l’immigration il n’est pas déraisonnable de penser que les conséquences de la forte concentration de migrants dans une ville déjà sinistrée par le chômage et la désindustrialisation ont été, pour le moins, mal gérées par les élus de la gauche sortante.

Les élus locaux en responsabilité alors ont sous-estimé l’étendue de la nuisance que cela représentait dans le quotidien des ses concitoyens.

La sentence fut lourde puisque, dans la seule ville de Calais, la liste FN aux Régionales a atteint 49% de voix en 2015. À titre de comparaison, Jean-Marie Le Pen, lors du premier tour des présidentielles 1988, fait à peine 11% de voix. Cela s’est produit 10 ans en amont des prémisses des crises migratoires que connaîtra cette ville de l’extrême Nord.

Les quatre sièges conquis, dans le Pas de Calais, par la formation d’extrême droite, plus que son score du premier tour à calais lors des dernières élections, témoignent de “l’enkystement” du vote national-populiste dans ces anciennes terres ouvrières du “Bassin Minier “.

C’est pourquoi, You Agency Press (YAP), cherche à développer une série de reportages dans le Nord-Pas de Calais sur les causes qui ont amené ces départements à presque rayer des tablettes la trace du socialisme et du communisme local.

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